Forêt équatoriale: La route du Bois

Photo : Chute d'un Okoume6h30 du matin : je pars accompagné du chef de chantier sur la zone d’exploitation forestière. Nous sommes au coeur de la forêt Gabonaise.
88 km de piste en latérite à couvrir pour y arriver à partir du campement où j’ai passé la nuit.
Le campement , c’est la base vie de tous le personnel travaillant sur l’exploitation forestière. Les bureaux du chef d’exploitation y sont installés avec une cellule informatique très moderne qui sert au traitement des données récoltées sur le terrain par les spécialistes de l’inventaire forestier. C’est à partir de ces données que l’on dresse des cartes d’inventaires exhaustifs puis des cartes d’exploitations qui déterminent la localisation précise des arbres qui seront abattus dans l’année. Le traitement informatique des données d’inventaire permet une véritable gestion de la ressource forestière, limitant ainsi la détérioration de l’environnement.

Les cadres sont logés dans des maisons individuelles, toutes construites en bois. Les familles des ouvriers forestiers sont aussi logées dans des maisons de bois:elles s’étalent comme dans un grand village africain. On y trouve aussi une école avec son instituteur et une infirmerie pour les premiers soins. Tout au long de la “rue principale” de ce village,des robinets distribuent de l’eau potable provenant d’un château d’eau ,lui même alimenté par une source locale. L’électricité est fournie par un groupe électrogène. On y trouve aussi un garage chargé de l’entretien des camions grumiers et autres engins servant sur l’exploitation. Enfin ,de vastes zones défrichées autour du “village” permettent aux femmes de faire quelques cultures vivrières:manioc,taros,igname et bananes plantain… Un magasin qui ressemble aux “drugstore” de la conquête de l’Ouest propose tout un stock de produits de première nécessité : on y trouve presque tout , du savon à la lingerie pour enfant en passant par les cartables et crayons pour écoliers. Cette base vie est en pleine forêt à environ une heure et demi de la première route bitumée pouvant conduire à une bourgade.

Photo : Bulldozer et déforestationLa piste est humide. La nuit est encore pesante mais déjà de vastes nappes de brume s’accrochent au-dessus des cimes des arbres telles d’immenses écharpes. C’est la rosée due à l’évaporation de l’humidité de la forêt. On roule assez vite car on doit être sur le chantier à 8 heure. Brusquement coup de frein énergique. Nous stoppons. Devant nous quelques éléphants de forêt marchent en file indienne:une mère avec son petit entre ses pattes et trois jeunes adultes. Imperturbables,ils nous ignorent se sachant maître de ces lieux. Ils sont nombreux les éléphants dans cette forêt et parfois agressifs : certains, blessés par des braconniers, savent que l’homme est un prédateur. Ils savent s’en souvenir… Au petit matin ils sortent de la forêt car ils n’aiment pas la rosée qui tombe des arbres. Alors ils empruntent la piste pour se déplacer. Silencieux, j’admire ces animaux magnifiques dans leur environnement naturel. A petite vitesse nous les suivons , prudent tout de même. Cinq minutes se passent quand brusquement ils entrent dans la forêt rejoindre le reste du troupeau que l’on entend dans un fracas de branches cassées,piétinées…Nous reprenons notre route jusqu’au chantier.

Photo : Chargement d'un grumierAu fur et à mesure que l’on approche du chantier, les engins se manifestent par des bruits de mécaniques parfois malmenées. Bulldozer et autres tracteurs font comme un ballet dans cette forêt: les uns font reculer la forêt pour y percer des pistes, les autres déplacent des grumes , après abattage pour les sortir des bas-fond et les hisser vers des parcs à bois provisoires. Enfin, d’autres engins, telles d’immenses mâchoires, déposent les grumes avec précaution sur la remorque d’un grumier, prêt à s’élancer sur la piste à travers cette forêt envoûtante. Les chauffeurs sont là et surveillent attentivement le chargement. De ce dernier dépend la sécurité de leur transport. Une grume mal placée peut mettre tout le chargement en péril. Ils roulent vite les grumiers: c’est du nombre de rotation dans la journée que dépend leur salaire.
Cet immense ballet est parfaitement réglé, seulement parfois ralenti par la pluie. Aujourd’hui il fait beau et le soleil commence à monter. La piste va sécher rapidement: elle sera moins dangereuse, moins glissante.

Photo : Abattage à la tronçonneuse, Reportage photoLes équipes d’abattage se signalent par le bruit des tronçonneuses, suivi par celui, fracassant de la chute des arbres. L’abatteur et son aide constituent une équipe. Eux aussi sont rémunérés au rendement. Les arbres prévus pour être abattus sont marqués pour être immédiatement repérés par l’équipe d’abattage. Les pieds des arbres sont nettoyés de toute végétation à la machette. La tronçonneuse entre en action. Dix, quinze minutes….le bruit est strident et lugubre à la fois…Brusquement l’arbre pousse un long gémissement, comme une déchirure avant de s’abattre dans un fracas immense. C’est son dernier cri. Puis un long silence enveloppe la scène. Les feuilles vire-voltent pendant plusieurs minutes. Les animaux aussi se sont tus : oiseaux, insectes … Tous se taisent comme dans une minute de silence venant saluer la mort de cet arbre majestueux.

Photo : Grumes d'Okoume en attente de chargementPhoto : Chargement des OkoumesAprès ce “salut au mort”, une autre équipe se précipite sur l’arbre couché pour ébrancher, tronçonné, débiter en grume ce géant encore plein de sève et qui n’est plus. Au coeur de cette forêt équatoriale, un trou de lumière éclaire brusquement les arbres restés debout. La chute de ce géant a provoqué une trouée dans ce couvert végétal dense. Une clairière est née. Plutard, un tracteur à chenille viendra récupérer ce fût dûment étiqueté, débité en grumes pour le déposer sur un parc à bois. Chargé sur un grumier il partira vers un autre destin.

Les bois de qualité tels que bubinga, bété, ébène du Gabon, sipo et padouk d’Afrique partiront à l’exportation via le port de Libreville où ils seront chargés sur des cargos. Ces bois servent essentiellement à la fabrication de meubles en ébénisterie ou marqueterie. Ils ont une forte valeur ajoutée. D’autres comme l’okoumé ou le limba seront dirigés vers des usines de fabrication de contreplaqué ou vers des scieries pour y être débités en planches. Ce sont des bois de moindre qualité.

Le temps passe vite: il est déjà plus de 17 heure et le soleil baisse rapidement. Je reprend la piste pour rentrer au campement. Les chances sont grandes de rencontrer quelques beaux spécimens de la faune locale. Peut-être une famille de gorilles… Ils sont nombreux aussi mais plus craintifs que les éléphants. Malheureusement il ferra trop sombre pour réaliser des photos.

Daniel RIFFET.
Géographe & photographe.

Voir le reportage complet dans ma photothèque en ligne.

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