Marine Nationale : à bord d’un sous-marin nucléaire d’attaque

Vingt-six juillet, 7 heure du matin, arsenal de Toulon.

Photo : SNA Saphir le kiosque avec le commandant. Le sous-marin fait route en surfaceJ’attends l’hélicoptère de l’Aéronavale qui doit m’élitreuiller sur le SNA « Saphir ».
Véritable révolution dans le monde de la sous-marinade, il possède toutes les qualités requises: discrétion, vitesse, mais aussi puissance de feu et endurance grâce à sa propulsion nucléaire.
Armé de torpilles et de missiles, de type Exocet, il peut être aussi bien opposé à d’autres navires de surface. Pour l’heure, le « Saphir » croise au large de Toulon à quelque 100 nautiques. Après 40 minutes de vol, je distingue au loin le sillage d’écume d’un long cigare noir : c’est lui. Il roule beaucoup car la mer est belle et les creux importants. Il se dégage de cette longue coque toute noire une force et une puissance incontestables.
Après avoir passé le harnais sous mes épaules, je me trouve suspendu à un fil d’acier. Au-dessus de moi, l’hélicoptère que je viens de quitter, au-dessous, le kiosque minuscule du « Saphir », qui balance d’un bord sur l’autre.

Des mains puissantes m’agrippent, me posent sur le plancher du kiosque et décapellent le harnais qui repart sans moi rejoindre l’hélicoptère. Une franche poignée de main me souhaite la bienvenue à bord : celle du capitaine de frégate Lupi, commandant du SNA « Saphir ».
40 ans, breveté de l’École de Guerre, c’est son deuxième commandement de sous-marin.
L’hélicoptère est reparti après avoir largué le courrier pour l’équipage.
Seul le bruit de la mer emplit mes oreilles.

Photo : SNA Saphir en surface quelque part en MéditeranneeOn ferme les écoutilles. Je m’enfonce dans le coeur du « Saphir » en empruntant des échelles étroites à l’intérieur du kiosque. J’atterris dans le PC Navigation-Opération, véritable centre nerveux du sous-marin.
Un compartiment étanche,totalement indépendant du reste du bâtiment, est occupé par une centrale nucléaire, strictement protégée et surveillée, de dimensions modeste mais à usages multiples.
Depuis la propulsion turbo-électrique qui permet au « Saphir » d’atteindre tout en souplesse 25 noeuds en vitesse de plongée jusqu’à la production d’eau douce par dessalement de l’eau de mer et la production d’oxygène, la centrale nucléaire est le coeur du bâtiment.

La vie à bord n’est plus aussi spartiate qu’autrefois sans être pour autant d’un confort exceptionnel.
La pratique de « bannette chaude », couchette sur laquelle trois hommes devaient se relayer faute de place, fait partie d’un passé révolu. Fini aussi le rationnement de l’eau douce.

Le « Saphir », m’explique le commandant, est environ huit mois sur douze sous la mer avec deux équipages, le rouge et le bleu, se relayant pour des missions d’environ 60 jours, durant lesquels les hommes ne voient pratiquement pas le jour.
Seule l’intensité variable des néons rythme les jours passant en lumière rouge pour matérialiser les nuits.

Le « pacha » qui me suit ordonne Photo : SNA Saphir: poste de pilotage du navire: » Paré à plonger! » et rejoint son poste au périscope de combat. Les hommes de quart, attentifs, ont le regard rivé sur des tableaux de contrôle très complexes pour un profane. On entend l’eau pénétrer dans les ballasts, le bâtiment s’incline vers l’avant. Deux hommes sont assis au poste de pilotage. Le maître de Central,un officier-marinier, transmet les ordres du commandant et surveille avec attention les tableaux du poste de pilotage. Quelques minutes plus tard, le « Saphir » reprend une inclinaison zéro, se stabilisant à -50 mètres. Ma première plongée !

Je commence à réaliser mon reportage photo.

La mission du « Saphir » simple en soi, est complexe à réaliser: il s’agit d’intercepter un groupe de bâtiment de combat étrangers en Méditerranée, puis de le pister et rendre régulièrement compte de sa position. L’excitation de la chasse envahit tout l’équipage, du simple matelot au commandant. La route et la vitesse calculées, le « Saphir » fonce sur sa zone de chasse.
Photo : SNA Saphir: Ecoute sonar, l'oreille d'orTout est silencieux autour de moi et je dois me faire violence pour prendre des photos car j’ai peur de troubler les hommes dans leur travail !
Seuls les échos du sonar et les ordres du commandant, relayés par les différents officiers-mariniers,troublent le silence du PC Navigation-Opération.
Les différents sonars qui équipent le « Saphir » permettent d’écouter sur une large fréquence les bruits pouvant provenir des bâtiments ennemis que l’on est en train de chasser.
L’homme aux oreilles d’or, c’est le nom de l’analyste, est devant son écran sonar, coiffé de son casque écouteur. Inlassablement il identifie les bruits qui se propagent sous l’eau. En fait la détection constitue la principale mission du sous-marin en temps de paix. Ce type de mission défensive permet de situer et d’identifier discrètement des unités hostiles ou pouvant le devenir.

14h20, l’officier de quart annonce au commandant que nous venons d’atteindre le point d’interception, c’est-à-dire le lieu présumé de notre rencontre avec la flotte de surface  » ennemie » . Le commandant quitte le « carré » pour aller rejoindre son poste de commandement, le périscope de combat. Celui-ci, après avoir adopté une immersion périscopique, lui permet de se prépositionner et d’étudier l’environnement.
Les sonars, eux permettent de mesurer le niveau de bruit ambiant.
La mer est un vaste monde sonore où il faut savoir distinguer les bruits naturels, ceux des dauphins par exemple, ou ceux des ennemis éventuels.
Nous sommes en position d’attente et le chasseur guette sa proie.

16h05. Oreille d’or repère sur son sonar des traces inhabituelles qui sont observées attentivement, toujours grâce à l’électronique.
Vraisemblablement il s’agit du bâtiment éclaireur de  » l’ennemi ». Petit à petit les traces deviennent beaucoup plus nombreuses: c’est l’ensemble de la flotte ennemie qui arrive.

Le commandant adopte une nouvelle route d’attente pour ne pas se faire détecter.
En effet, cette flotte de surface ennemie est largement équipée pour la lutte ASM, où son rôle est précisément de détecter les sous-marins !

Maintenant, il faut trouver la cible, c’est-à-dire le bâtiment protégé par les escorteurs ASM qui s’agitent auprès de lui comme de véritables chiens de garde.

La chasse commence vraiment.

L’ordre est arrivé : anéantir le « gros » dès que possible !
Nous plongeons vers les -300 mètres, immersion favorable à l’écoute.
Les opérateurs sont figés devant leurs scopes, les yeux rivés et les oreilles attentives.
Le commandant va prendre une nouvelle route de chasse afin de se placer ?
12 nautiques sur l’avant de la force ennemie.
Les torpilleurs sont déjà dans la tranche d’arme, les missiles sont fin prêts. Les paramètres de lancement commencent à entrer dans les ordinateurs de lancement.

Le commandant rappelle aux poste de combat.

Maintenant tout va aller très vite. Les ordres fusent, nets et précis, et la tension monte sensiblement.

« Paré à lancer ».

« Paré ».

« Feu » !

Un missile se dirige vers le gros. A ce stade tout est consommé pour lui. Les torpilles téléguidées sont expédiées vers les chiens de garde !
Si nous avions été vraiment en état de guerre, quatre bâtiments modernes auraient été ainsi coulés sans savoir d’où était venue l’attaque.
L’adversaire aurait été dérouté et vaincu. Cinq navires auraient été par le fond, permettant ainsi au chasseur de prendre discrètement la fuite et de poursuivre sa mission.

Telle est la mission type d’un SNA en temps de guerre ! Elle ressemble fort à celle des U-boat de la Kriegsmarine en 1940.

Daniel RIFFET.
Géographe & photographe.

Voir le reportage complet :
Capitaine de corvette est dans ma photothèque en ligne.

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