Riz et Civilisation

Texte écrit d’après le livre de Pierre GOUROU : Riz et Civilisation
et de ses cours dispensés au Collège de France.

Trois grandes céréales sont à la base de la nourriture humaine : blé, maïs et riz.
Photo : Rizieres en terrasses a Bali en IndonesieLes neuf dixièmes du riz proviennent d’Asie des Moussons.
Les rizières inondées se distinguent des autres agricultures céréalières par des paysages plus visiblement construits : sont-elles produits manifestes d’une civilisation particulière ou créatrices d’une certaine civilisation ?
Telle est la question posée.

Les versants méridional et oriental de l’Asie ont vu naître des civilisations très évoluées, par leur agriculture, leur aptitude à encadrer grand nombre d’habitants sur de vastes étendues et de longues durées, par leurs arts et leurs littératures.
Cela aurait-il quelques liens avec la rizière inondée ?

Dominant champs et repas, le riz envahit en effet vocabulaire et croyances;
les contraintes de l’irrigation n’auraient-elles pas favorisé l’esprit d’association et renforcé le respect des obligations communes ?

Faudrait-il donc de parler de « Civilisation du Riz » ?
Mais la haute civilisation Chinoise naquit au nord des Tsin Ling, une contrée qui convient mal à la riziculture.
Les fondateurs de la Chine ont vécu de millet et de blé. En s’étendant vers le sud, ils ont sinisé le bassin du Yang Tse, où des populations pré-chinoises pratiquaient la riziculture.
La grande civilisation Indienne pris naissance parmi des peuples nourris de millet et de blé. Elle s’étendit ensuite aux régions rizicoles du monde Indien.

Il serait donc inopportun de parler de « Civilisation du Riz ». La formulation « Riz et Civilisation » respecte mieux la réalité des choses.

Photo : Rizieres en terrasses aux Philippines chez les Ifugao dans le nord des PhilippinesLa riziculture inondée fait partie de l’ensemble des techniques qui forment une « Civilisation »; mais elle fait partie de celle-ci sans la déterminer.
Certes , la rizière permit à divers territoires asiatiques d’atteindre d’exceptionnelles densités paysannes.
Des encadrements politiques efficaces ont par endroits assuré aux rizières une irrigation régulière et des endiguements protecteurs (Vietnam).
Cela dit, les grandes civilisations Asiatiques ne sont pas nées par le riz, et des peuples aux encadrements sans ambitions politiques cultivent de bonnes rizières, par exemple les Ifugao aux Philippines.
(Reportage photos dans ma photothèque en ligne).

Photo : Repiquage du riz dans une rizière du Vietnam en 1998Vouloir que tout, absolument tout, dans un paysage, une contrée, une civilisation appartienne à un système armé de relations contraignantes, n’est-ce pas un rêve de philosophe centralisateur ?
En d’autre terme, y a-t-il un déterminisme ?
Ne vaut-il pas mieux accepter que ce paysage, cette contrée,cette civilisation soient faits, à la suite de longues sédimentations historiques, d’éléments qui peuvent avoir des rapports de causalité ou d’interdépendance, mais qui peuvent n’en pas avoir ?
Existe-t-il un déterminisme dans l’histoire d’un paysage humain ?
Préoccupation de Géographe: Pourquoi les paysages sont-ils comme nous les voyons ?
Ne pourraient-ils être autrement ?
On verra des paysages humains semblables dans des conditions physiques différentes et des paysages divers dans des conditions physiques semblables; des changements de paysages dans des conditions physiques immuables.

Mais tout cela n’est-il pas le lieu commun de ceux qui s’obstinent à « voir » dans sa réalité et sa diversité ce monde où nous vivons?
Ne faudrait-il pas mieux voir le monde et ses paysages comme foisonnant de questions et non comme un système issu d’un déterminisme qui serait à démontrer?

Photo : Rizieres en terrasses chez les Ifugao aux Philippines en 2002Sur les versants montagneux, les rizières, plans d’eau superposés, reflètent la lumière sous des angles différents; les âges inégaux des plants de riz ajoutent à la variété, tiges grêles témoignant d’un repiquage récent, feuillages denses, blondeur des riz promis à la faucille…..
Si les levées supportant les rizières s’ornent de cocotiers, de palmiers à sucre, le balancement des palmes anime l’horizontalité sinueuse des soutènements.
Ce paysage se réalise à merveille à Java, où le même regard peut embrasser, à tous moments de l’année, rizières en labour, rizières repiquées, rizières au plus fort de leur verdure, rizières mûries livrées aux moissonneurs.

Photo : Rizieres en plaine dans la region de Mai Chau au Vietnam en 1998Les plaines, par souci de retenir l’eau, aménagent des parcelles encloses de diguettes; sur ce miroir fragmenté, les nuages de la mousson déplacent leurs images de rizières en rizières.
La floraison répand un parfum délicat, celui du meilleur riz pendant la cuisson; cette joie olfactive, gage de futurs repas, ajoute une nouvelle dimension à l’espoir d’abondance que suggèrent des moissons ondulant jusqu’à l’horizon.
Ces paysages de plaine laissent à la nature spontanée de faibles possibilités d’expression; toute la surface est aménagée; ce ne sont que rizières et villages, paysans et paysannes travaillant dans les rizières, portant sur les plateaux de la palanche plants à repiquer, seaux d’engrais, gerbes moissonnées; les maisons dissimulées sous les arbres sont peu visibles; pourtant les villages peuvent occuper 8% de la surface des plaines.

La rizière intensive traditionnelle exige grand travail humain et livre abondantes récoltes.

Daniel RIFFET.
Géographe & photographe.

Voir le reportage Photos « Riz et Rizières du monde » dans ma photothèque en ligne.

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