Le passage du Cap Horn

Photo : Route du sudUshuaia, le 17 mars 2007 à 11 heure du matin.

J’embarque à bord du  » Kekilistrion« , voilier de 12 mètres, gréer avec une grande voile, foc et trinquette.
C’est un voilier solide qui inspire confiance, taillé pour les mers australes.
Nous larguons les amarres et embouquons le canal de « Beagle ». Vent fort de 28 noeuds à 30 noeuds. Tout de suite je suis dans l’ambiance…
Voilure établie, nous naviguons allure « petit largue » à 8 noeuds au loch.
On fait route sur port William, poste militaire Chilien, passage obligé pour les formalités d’entrée au Chili. Nous sommes dans les eaux chiliennes.

Le long du canal de « Beagle », les paysages sont saisissants : paysages de Photo : Le canal de Beaglesforêts de hêtres (nothofagus antartica) encore verts en ce début d’automne australe.
Paysages de vallées glaciaires aussi avec leurs moraines toujours recouvertes d’une végétation de petite taille due aux vents permanents de cette région.
Cette région fut jadis, il y a fort longtemps, entièrement recouverte par de puissants glaciers.
Le vent ne faiblit pas et le bateau gîte beaucoup…

Plaisir de la voile : c’est une première pour moi.
Une armada de dauphins nous accompagne. Ils jouent avec le bateau, sautant sous l’étrave dans un balai harmonieux. Ils sont nombreux et leur ventre blanc sont autant d’éclats dans cette mer agitée d’un bleu dense.
Nous passons par l’Ile de Martillo pour rendre visite aux manchots. Ils sont tous là pour nous accueillir et ne semblent pas surpris par notre venue.
Deux espèces de manchots se partagent cette petite île : les manchots « magellan » au bec rouge et ventre blanc et les manchots « papous », noirs avec les yeux cerclés de blanc. Nonchalants, ils s’étirent et baillent en cadence.
Leur démarche est pataude mais dans l’eau ce sont de véritables fusées pour attraper le poisson qui les nourrit.

Nous mouillons à la pointe « Toro » face à l’île Picton.
Nous sommes par 55° 10′ latitude sud.
De nombreux bateaux de pêche se sont aussi abrités dans cette vaste crique car le vent ne faiblit pas bien au contraire !!!
Ils pêchent des crabes araignées (Centolla en espagnol). Un véritable régal et de quoi manger pendant au moins 3 repas.
La météo est toujours pessimiste: vent fort de 35 à 40 noeuds.
On doit passer la baie de Nassau. La houle est bien marquée et le bateau bouge beaucoup. La pluie vient compléter ce tableau peu propice à la photographie….

Photo : Au large de l'ile WollastonOn longe l’Île de Wollaston et entrons dans le canal de Washington. La mer s’apaise un peu mais le vent est toujours fort.
Accalmie jusqu’à la sortie du canal avec une jolie éclaircie doublée d’un magnifique arc en ciel…Quelques belles photographies.
Nous mouillons à la pointe Maxwell. Magnifique crique toujours boisée de ces hêtres nains. L’eau est limpide et aucune trace de pollution. Nous sommes à l’abris des vents et ce calme total me réconcilie avec la navigation à voile.
C’est notre cinquième jours de navigation, route au sud pour tenter de passer le Cap Horn : Cap mythique pour tout marin….

Jeudi 22 mars 2007.

Photo : Environ du HornToujours pluies, nuages et vents forts. Nous naviguons vers la baie San-Francisco, toujours route au sud.
Le capitaine décide tout de même de tenter le passage du Horn. La voilure est bien établie, nous sommes au près. Le bateau réagit bien. Nous sommes dans la plume et les embruns sont vraiment salés. La mer est creuse.

On oublie la photographie, les boîtiers n’aiment pas du tout le sel…et puis cela remue de trop!!!

12 H.50, nous passons le Horn: nous sommes à 56°09 Latitude sud.
Photo : Le voilier Kekilistrion de 12 metresOn entre dans l’Atlantique sud. Ce passage est salué par un verre de champagne : tradition oblige.
Peu après dans l’après-midi nous croisons un paquebot qui fait route vers l’Antarctique. Il se dirige vers le Drake.
Vue les conditions météo, impossible de faire des photos : on ne pouvait pas cadrer…..

Une magnifique aventure se termine. Je suis heureux que cette première expérience de la voile me permette de passer ce fameux Cap Horn.
Ma mémoire me rappelle les nombreux récits des « Cap Horniers » et la célèbre épopée des « Clippers » qui faisaient route de Valparaiso vers l’Europe sur de magnifiques « Trois-mats barques ».

Daniel RIFFET.
Géographe & photographe.

Voir le reportage complet :
TERRE DE FEU & MERS AUSTRALES dans ma photothèque en ligne.

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One Response to “Le passage du Cap Horn”

  1. rouxel Says:

    merci pour ce reportage