A la rencontre du tigre du Bengale…..

27 janvier 2009, 5 heure trente du matin: nous sommes à l’entrée du Parc National de Kanha, situé dans l’Etat du Madhya Pradesh, en Inde.

Une file déjà imposante de jeeps attendent l’heure de l’ouverture du Parc: 6 heure du matin.
Il fait assez froid, un froid sec et la nuit est encore profonde.
Les visiteurs, quatre par véhicules, soigneusement emmitouflés attendent patiemment cette ouverture.
Ce sont pour la plupart des Indiens qui viennent en famille découvrir une faune abondante et riche en variétés. Quelques occidentaux, généralement passionnés de photographie, j’en fait partie, se mêlent à cette cohorte de visiteurs. Nous avons tous le secret espoir de voir et rencontrer le tigre du Bengale.
Ce magnifique animal a toujours suscité la fascination chez l’homme mais aussi de la terreur.
L’un des plus grand prédateur du règne animal actuel peut tuer sans difficulté un animal deux fois plus grand que lui.

C’est dire que face à lui l’homme ne fait pas vraiment le poids.

Vers 4 heure du matin, quelque « cornacs » et leurs éléphants ont sillonné le parc afin de repérer les tigres. Ils sont environ une petite centaine dans le Parc National de Kanha.
Contrairement à la jeep qui ne peut quitter la piste, l’éléphant peut se déplacer à travers la jungle et repérer l’emplacement où il se cache. Une liaison radio permet au « cornacs » de signaler les tigres et permettre ainsi aux 4×4 de converger rapidement sur les félins.

6 heure du matin: la barrière se lève et les jeeps s’élancent sur les pistes.

Au passage, un guide du Parc s’installe dans chacun des véhicules.

Spécialiste de la faune du Parc, il saura nous donner des explications captivantes sur les animaux rencontrés.

Le Parc est immense, 2000 kilomètres carrés et les véhicules, une vingtaine peut-être se dispersent très vite à travers les multiples pistes qui sillonnent le Parc National.
Notre chauffeur, Kaleem, un Indien d’une petite quarantaine d’années est un passionné de cette faune qu’il connaît bien. Il est né et vit dans le village de Mocha, situé juste à côté du Parc. Il est heureux de partager sa passion avec ses clients… Sa petite caméra vidéo ne le quitte jamais.
Nous roulons assez lentement tout en écoutant les bruits de la jungle.

Car nous sommes vraiment au milieu de cette jungle qu’a su si bien décrire R.KIPLING.

Animal nocturne, il est rare d’observer le tigre du Bengale en pleine journée.
Le plus souvent il se repose sous un couvert végétal, souvent des bambous: il a chassé toute la nuit.
Tout en espérant cette rencontre mythique avec le tigre, nous croisons de nombreux animaux. Des cervidés, pas farouche du tout dont des cerfs Axis en grand nombre, des sangliers mais aussi des gaurs qui ne sont rien d’autre que des taureaux sauvages et plusieurs espèces de singes.Pas farouches, ces animaux sauvages sont habitués à la valse quotidienne de ces véhicules et de ces curieux visiteurs.
Parfois on se demande qui observe qui !
Jamais chassé, une nourriture abondante, des points d’eau en quantité suffisante: ces animaux ne sont jamais agressés et donc peu farouches. La seule loi qui s’impose dans cette jungle protégée des plus grands prédateurs que sont les hommes: la loi de la chaîne alimentaire.

Doucement, le jour se lève.

Le Parc National de Kanha.

Le Parc National de Kanha.

La brume qui enveloppait la cime des arbres comme une immense écharpe s’évanouit peu à peu. La température s’élève rapidement. La lumière devient magnifique à travers des frondaisons majestueuses.

Belle lumière matinale à travers la jungle.

Belle lumière matinale à travers la jungle.

Soudain, des cris stridents; ce sont des singes qui signalent l’approche du tigre…
Nous retenons notre souffle… Fausse alerte. Ce n’était qu’un bruyant conflit entre deux espèces de singes qui se disputent un territoire et quelques fruits..
Une première journée se passe ainsi, émerveillé de voir une faune aussi abondante que diverse, mais aussi déçu de l’absence du maître incontesté de cette jungle: le tigre du Bengale.
Nous n’avons pas vu le tigre mais lui nous aura probablement vu et bien ri de notre déconvenue.
Le tigre du Bengale est un animal solitaire qui n’aime pas partager son territoire avec d’autres tigres. Bien que d’une taille imposante et doté d’une force incroyable, massif et puissamment musclé, il est d’une nature discrète et timide. Ce trait de caractère ne nous rend pas optimiste quant à une éventuelle rencontre avec ce félin.

Ce n’est qu’au bout de trois jours d’errance au coeur de ce parc de Kanha que l’espoir renaît de voir enfin monseigneur tigre.

Oui cette rencontre se mérite!

Une magnifique tigresse du Bengale.

Une magnifique tigresse du Bengale.

Tôt le matin, des « cornacs » toujours juchés sur leurs éléphants ont repéré un tigre.
C’est une jeune tigresse d’environ  quatre ans qui est tapis sous un bosquet de bambous.
Aussitôt prévenu, les jeeps convergent vers le lieu de rendez-vous tant attendu. Il est neuf heure environ et la lumière est magnifique.
Heureusement ce jour là les visiteurs sont peu nombreux. Sitôt arrivés près de l’endroit où se cache la tigresse, nous sommes invités à grimper sur les éléphants équipés d’une espèce de nacelle qui nous permets de tenir à trois sur chacun des éléphants. On quitte alors la piste pour s’enfoncer dans cette jungle profonde et assez inextricable.
Avec intelligence, l’éléphant écarte avec sa trompe les arbustes et se fraye un passage d’un pas assez rapide mais sûr. Le terrain est en pente et assez difficile. L’habileté du « cornac » tout en douceur avec ses pieds nus logés derrière ses oreilles, incite l’éléphant a avancer lentement: complicité entre l’éléphant et son « cornac ». Nous déambulons ainsi une dizaine de minutes mais qui nous paraissent une éternité: notre émotion est grande.

Et puis soudain, le miracle est là, tapis sous un massif de bambous. Le tigre du Bengale semble nous attendre, allongé de tout son long et qui nous regarde avec calme. Je crois même voir dans ses yeux une pointe d’amusement…..

Parfaitement indifférente au chahut environnant.

Parfaitement indifférente au chahut environnant.....

Aucune angoisse dans son attitude, mais de quoi donc un tigre du Bengale aurait-il peur?

Ses yeux sont magnifiques et sa nonchalance ne peut nous inspirer que du respect.
Ces trois éléphants en demi cercle qui semblent l’assiéger le laisse imperturbable.
Aucune agressivité chez ce félin qui semble repu.
Non loin de lui, à trente mètres environ, les restes de ce que nous croyons être un cerf Axis tué durant la nuit.
Notre tigresse s’adonne à une sieste digestive après un copieux repas.
Un tigre du Bengale peut manger jusqu’à 25 kilos de viande en une seule nuit.
Les « cornacs » poussent leurs éléphants vers la tigresse afin de la faire bouger: elle reste indifférente à tout ce chahut.
Cependant au bout de cinq bonnes minutes, le félin montre quelques signes d’énervement: un long rugissement d’abord puis montre des canines très impressionnantes.
Nous retenons notre souffle car il n’est pas rare que le tigre bondisse sur l’éléphant. On raconte à mots couverts qu’un « cornac » a ainsi perdu un pied il y a six mois environ.
Mais là la tigresse décide de partir et avec agilité, elle se glisse en dehors du cercle formé par les éléphants. Nous tentons de la suivre jusqu’au ruisseau où rapidement elle se désaltère puis continue sa fuite à travers la jungle.

La tigresse s'énerve et traverse le cours d'eau après s'être abreuvée.

La tigresse s'énerve...

Les singes se mettent à hurler pour prévenir l’ensemble de la faune de la présence du tigre.
Puis un lourd silence s’abat sur la forêt: même les oiseaux cessent leurs chants.
Eblouis par ce spectacle, nous rebroussons chemin toujours juchés sur les éléphants pour rejoindre la piste et les jeeps.
Il est presque onze heure du matin, nous retournons au campement pour y prendre un petit déjeuner.
16 heure, nous repartons avec notre chauffeur. Il pense savoir où se trouve un vieux mâle de plus de huit ans, arrivé depuis peu dans le Parc National de Kanha.
Nous repartons donc à la chasse aux émotions. Nous traversons plusieurs points d’eau et admirons au passage un troupeau de gaurs venu s’abreuver.
La piste s’enfonce dans une zone où la jungle cède la place à une magnifique futaie. Le regard porte loin et on aperçoit un troupeau de cerfs Axis qui gambade à vive allure: le tigre ne doit pas être loin.
La jeep freine brutalement: suspense….
Et là encore, nouveau miracle, un tigre du Bengale sort sur la piste à vingt mètres à peine de notre véhicule. D’un pas lent et mesuré, il traverse la piste et se dirige vers un arbre imposant.

Tigre du Bengale adulte.

Tigre du Bengale adulte.

Ce vieux mâle est vraiment plus gros et plus massif que la tigresse de ce matin.
Sur son pelage on distingue des marques de vieilles cicatrices, témoins de violents  combats.
Arrivé près de l’arbre, il se dresse sur ses pattes arrières et lacère de ses griffes le tronc qui plie légèrement sous la pression du tigre.

Le tigre marque son territoire.

Le tigre marque son territoire.

Il marque son territoire, interdisant ainsi à d’autres tigres d’y pénétrer. La scène dure deux bonnes minutes. Puis dans un long rugissement, il s’éloigne de l’arbre et dans une magnifique foulée, il disparaît à à travers la futaie: profond silence.
La vie semble s’être interrompue. Les singes redescendent de leurs arbres et les oiseaux reprennent leurs chants: fin de l’histoire.

Une vraie journée de bonheur pleine d’émotions et d’images que l’on n’est pas prêt d’oublier.
Un grand merci à Monseigneur le tigre du Bengale et à bientôt…..

DANIEL RIFFET.

GÉOGRAPHE & PHOTOGRAPHE.


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2 Responses to “A la rencontre du tigre du Bengale…..”

  1. TATIN Says:

    Il faut à tout prix protéger le tigre qui est bien moins dangereux que l’homme. Le tigre reste un animal MAGNIFIQUE et plein de magie. Merci à celles et ceux qui œuvrent pour le protéger. Cordialement. TATIN.

  2. christine Says:

    merci pour ce bel article – images magnifiques – il est impératif de protéger ce superbe animal – je vous envie de l’avoir approché de si près, c’est l’un de mes souhaits et j’espère bien le concrétiser.