Bénares ou l’Inde éternelle.

Bénares, ou l’Inde éternelle.
15 février 2009, 18h25.

Ghâts de Bénares au petit matin.

Ghâts de Bénares au petit matin.

C’est mon premier contact avec cette ville indienne. C’est une des plus vielle cité du Monde qui porte 4 noms, Varanasi, Kashi, Bénares, Banaras, tous utilisés actuellement suivant que l’on est religieux , indien, occidental ou anglais..
Le choc est immédiat, on aime ou l’on déteste d’emblée, mais Bénares ne peut nous laisser indifférent.
C’est une des villes la plus sacrée des 7 villes sacrées de l’Inde.
Y mourir vous fait rejoindre le Nirvana selon la légende.
La ville, dont le nom provient de ceux de deux affluents du Gange, la Varunâ et l’Asî, est située tout entière sur la rive gauche du Gange, face au soleil levant, l’autre rive étant dénuée de toute construction. La ville, dédiée à Shiva, est très fréquentée par les ermites hindous.
Assis au bord d’une marche, mes yeux suivent le cours de ce fleuve aux eaux noires parsemées de petites lumières qui proviennent des centaines de bougies assises sur des feuilles de lotus et qui suivent les courants du Gange: la « mère de l’Inde ».

Lever du soleil sur le Gange à Bénares.

Lever du soleil sur le Gange à Bénares.

Merveilleux spectacle qui me plonge dans cette ambiance mystique qui caractérise si bien les bords du fleuve sacré.
Le soleil tombe peu à peu et les « Ghâts » s’illuminent grâce à de puissants projecteurs au sodium. Une belle lumière jaune beigne cette rive du Gange où se succèdent de nombreux temples dédiés aux innombrables divinités hindous. Une vie entière ne suffirait pas à les connaître toutes…

Ghâts le soir après le coucher du soleil.

Ghâts le soir après le coucher du soleil.

Le mot ghât désigne en Inde les marches qui recouvrent les rives des cours d’eau et permettent de descendre au contact de l’eau pour la baignade dans le Gange ou pour les bûchers funéraires.
Je viens de l’apprendre. Un homme s’est assis à côté de moi et m’invite à la conversation. Dans un bon anglais, il m’explique le rituel du bain purificateur censé laver de tous les péchés et permettre ainsi de se libérer du cycle des renaissances.
L’homme est sympathique, petite quarantaine, large moustache qui lui barre le visage, il m’explique qu’il a perdu son travail, qu’il doit nourrir femmes et enfants et que pour survivre il offre ses services aux touristes de passage. Dans une vie antérieur il fut professeur d’anglais.
Rendez-vous pris avec Charan, c’est ainsi qu’il se prénomme, pour demain matin à 6 heure au bord du Gange.
Je poursuis ma marche le long du fleuve. Il fait tout à fait nuit maintenant mais il y a toujours autant de monde sur les « Ghâts »: hommes en méditation, « routards » en couples ou isolés, et de nombreux enfants, souvent très jeunes, qui proposent leur petites lanternes à déposer sur les ondes du Gange et aussi de nombreuses petites échoppes proposant un peu de tout y compris de la nourriture. Rares sont les « touristes » occidentaux qui préfèrent des lieux plus aseptisés….

Rasage du crane avant les ablutions dans le Gange.

Rasage du crane avant les ablutions dans le Gange.

16 février 2009, 6 heure du matin.

Je retrouve Charan qui me conduit vers une barque et son batelier. Les marches sont déjà pleines d’une foule colorée. Profitant de la relative fraîcheur du matin, des milliers d’hindous affluent sur les bords du fleuve: pour ceux là, la journée commence par un bain purificateur, puis se poursuit par une prière adressée au soleil, les mains jointes, dirigées vers l’astre qui semble émerger du fleuve. D’autres marchent dans l’eau et semblent accomplir une danse rituelle: C’est une prière pour le fleuve. Les jeux des enfants dans l’eau annoncent le début d’une journée comme toutes les autres à Bénares.

Femmes au sari richement brodés de soie.

Femmes au sari richement brodé de soie.

Le soleil se lève sur le Gange, inondant d’une belle lumière chaude la rive occidentale du fleuve. La barque glisse sur le fleuve, découvrant les « Ghâts »où se pressent des familles entières toutes réunies dans les eaux de ce fleuve « purificateur » aux eaux saumâtres extrêmement polluées.

La journée commence par un bain purificateur dans le Gange.

La journée commence par un bain purificateur dans le Gange.

Plus loin des femmes lavent du linge à côté d’un vieillard assis, les jambes en position du lotus et qui semble plongé dans une intense méditation. Parmi ces fidèles en extase, quelques occidentaux que l’on remarque par leur barbe blonde hirsute et la pâleur de leur teint.
Fleuve de vie et d’espoir, le Gange est aussi l’endroit ou l’on vient pour mourir et s’y faire incinérer sur les ghats de crémation. Il y en a plusieurs à Bénares, le plus grand étant le Jalsain Ghat, voisin du Manikarnika Ghât le lieu le plus saint de la ville, au pied duquel est construit un temple immergé et penché dédié a Shiva.

Ghâts de crémation Jalsain Ghat au bord du Gange à Bénares.

Ghâts de crémation Jalsain Ghat au bord du Gange à Bénares.

On distingue les fumées âcres qui s’élèvent de ces bûchers où se consument lentement les corps de ceux qui ont choisi de mourir à Bénares. D’immenses tas de bois de santal, arbre d’Asie tropicale, servent à alimenter les foyers de crémation. Charan, notre guide hindou, nous rappelle l’interdiction formelle de photographier ces lieux sacrés. L’odeur qui se dégage, mélange d’encens et de chairs brûlées devient vite insoutenable. Profondément troublé par cette ambiance macabre et peu enclin à approfondir ce culte des morts qui met en évidence le peu de valeur de la vie sur terre, je demande à Charan de me conduire vers un quotidien où la vie reprend ses droits.

Crémations nocturnes au bord du Gange.

Crémations nocturnes au bord du Gange.

On abandonne la barque et son piroguier pour s’enfoncer dans la vieille ville de Bénares. Musulmans et Hindous coexistent dans une tension palpable. Nombreux policiers en armes surveillent les lieux cultuels et interdiction de photographier. Le dédale des ruelles, très crasseuses, est égayé par la couleur des saris toujours magnifiques. Ces couleurs ne parviennent cependant pas à camoufler la misère et la pauvreté du plus grand nombre et toujours cette odeur de mort omniprésente. Cette atmosphère où se côtoie la mort « mise en scène » et le commerce très actif ne m’invite pas vraiment à réaliser des images. Conscient de mon embarras, Charan me propose de visiter les artisans tisserands. On se dirige vers Kotwali, le quartier musulman, bastion des fabriques de soie, autre spécialité de la ville sacrée.

Famille musulmane fabriquante de soieries.

Famille musulmane filant la soie.

Ici beaucoup moins de touristes et aussi des rues plus aérées avec toujours une circulation très désordonnée au milieu de laquelle les vaches déambulent en toute quiétude. Elles sont toujours sacrées….
Au coeur de presque chaque maisons, on entend fonctionner des métiers à tisser. Pauvreté certes mais immense entraide entre ces fabriques de soie qui fonctionnent un peu en système coopératif. La famille toute entière participe à cette fabrication et les enfants sont mis à contribution souvent au détriment de l’éducation…..
Au loin, les hauts parleurs d’une mosquée lancent leur appel à la prière.

Fabrication artisanale de la soie dans le quartier de Kotwali.

Fabrication artisanale de la soie dans le quartier de Kotwali.

Je réalise ma prétention de vouloir décrire Bénares. C’est la ville de l’Inde qui offre une multitude de facettes, d’images fortes mais aussi de violents rejets. C’est un peu un concentré de l’Inde qui oscille entre le beau et le laid, le pur et l’impur, le noble et l’infâme….autant de contradictions qui s’oppose à notre esprit cartésien. C’est aussi un centre pour la musique et la culture. De nombreuses questions nous assaillent mais point de réponses.
C’est la ville de la soie, c’est la ville de la mort ! C’est avant tout la ville du Gange et de ses Gâths..

Je termine ce court résumé par un poème chanté par un batelier sur le Gange.

Ô Gange
J’ai reçu sur tes berges
L’essence de la suprême béatitude
Les larmes me viennent aux yeux
A la seule pensée de quitter ta rive
Pardonne-moi si je dois partir
Ô Mère
J’ai touché ton eau
Et tes vagues m’ont purifié
Ô Gange
je te prie les mains jointes
Gange vertueuse
J’espère revenir un jour sur tes berges
J’ai reçu sur tes rives
L’essence de la suprême béatitude
Il est futile de se livrer aux dévotions
Expiations, méditations
Alors qu’un seul bain dans ton eau
Purifie la vie entière
Gange
Ne m’oublie pas après ma mort.

Daniel RIFFET.
Géographe & Photographe.

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One Response to “Bénares ou l’Inde éternelle.”

  1. jozzy-online Says:

    tres interessant, merci