Tombouctou la Mystérieuse.

Tombouctou, souvent décrite comme « le point de rencontre de ceux qui voyagent en pirogue et de ceux qui cheminent en chameaux » doit ce raccourcis à sa position géographique.
Située au sommet de la boucle du fleuve Niger, Tombouctou est au point où celui-ci se rapproche le plus du Sahara.

Tombouctou, gravement menacée par l’avancée des dunes sahariennes fut longtemps et est encore le point de contact entre deux mondes: Le monde des touaregs, nomades du Sahara et grands commerçants et le monde de l’Afrique Noire sahélienne, composé de Peuhls, éleveurs nomades eux aussi et de Bozos, pêcheurs et piroguiers vivant grâce au fleuve Niger.

Tombouctou a construit sa légende mais aussi sa prospérité sur les échanges commerciaux dont la traite négrière entre ces deux mondes, la zone soudanaise du Sahel africain d’une part et le Maghreb d’autre part.
À son apogée au XVI° siècle, sa richesse déclina à partir de l’ouverture des voies maritimes pour le commerce entre l’Afrique Noire et l’Afrique du Nord.

Très tôt, dès le XV° siècle, de nombreuses « médersa » (écoles coraniques) s’installèrent à Tombouctou qui devint ainsi une université islamique de renommée internationale. Intime mélange du sacré et du commerce, tel fut jusqu’au XVII° siècle l’esprit et le rayonnement de Tombouctou qui peu à peu édifia sa légende.

Après une longue route chaotique et une forte chaleur, nous voilà arrivés au bord du fleuve Niger, face à Tombouctou.
Le long de la rive, quelques véhicules attendent le bac pour traverser le fleuve. Des femmes Bozos font leurs lessives. Une buvette, entourée d’hommes vend des boissons rafraîchissantes.
Touaregs, Peuhls et Bozos discutent sur un fond de musique mandingue.
Seule leur tenue vestimentaire permet de distinguer leur origine ethnique.
Embarqués sur le bac avec la voiture, nous débarquons sur la rive opposée une vingtaine de minutes après.
Tombouctou, située à 20 km environ du fleuve, nous ouvre ses portes sous une lourde chaleur. Nous sommes en avril, le mois le plus chaud au Mali, mois à éviter. Dès la fin mai, la saison des pluies apportera fraîcheur, pluies et verdure.
L’ensemble des maisons sont construites en « banco » mais le crépis traditionnel est ici remplacé par un parement en pierres ce qui donne un cachet particulier à cet urbanisme.
Les trois mosquées  de la ville se distinguent par leur minarets au milieu de cette architecture composée de maisons à deux étages au maximum.

Ces trois mosquées, Djingareyber, Sidi Yahiya et Sankoré sont la mémoire des temps fastueux de Tombouctou.
Construites en « banco », elles sont régulièrement recrépis.
Mais le vrai trésor de la ville de Tombouctou est constitué par un ensemble de près de cent mille manuscrits que détiennent les plus grandes familles de la ville.
Ces manuscrits dont certains datent du XII° siècle sont conservés depuis des siècles comme des secrets de famille.
Écrits en Arabe ou en Peuhl par des savants originaires de l’ancien empire du Mali, ils contiennent un savoir didactique dans le domaine de l’astronomie, de la musique et de la botanique.Les plus récents couvrent les domaines du droit, des sciences et de l’histoire.
On estime à 60 à 80 bibliothèques privées disséminées dans la ville de Tombouctou parmi lesquelles la bibliothèque commémorative Mamma Haidara et la bibliothèque Mahmoud Kati.
Véritable richesse culturelle, ces manuscrits qui couvrent l’ensemble des domaines du savoir sont menacées par les mauvaises conditions de conservation et surtout par le trafic dont ils sont l’objet au profit de riches collectionneurs étrangers.


Un regard sur ces manuscrits d’une immense valeur historique et culturelle justifie à lui seul un voyage à Tombouctou.

L’existence de ces manuscrits prolonge l’aura intellectuelle de cette ville hors du commun.
Tombouctou aujourd’hui, c’est encore un centre de négoce de produits de base, particulièrement du sel extrait des mines de sel gemme de Taoudini, situées à 700 km environ au nord et en plein Sahara.
Encore parfois transporté à dos de dromadaires, plus souvent en camion, les plaques de sel, pesant 40 kg chacune, alimentent les besoins des éleveurs Peuhl.
De Tombouctou, ces plaques de sel sont embarquées sur des pinasses pour alimenter les marchés de Mopti, Djenné, Ségou et jusqu’à Bamako.
Le fleuve Niger, véritable artère de communication du Mali.

Tombouctou est aussi un centre d’artisanat touareg important. Ces artisans touaregs travaillent essentiellement  le textile et le cuir.
Pour le reste malheureusement, Tombouctou n’échappe pas à l’invasion des produits chinois, peu chers certes mais souvent de très mauvaise qualité et parfois même dangereux.

Le soir venu avec une température plus supportable, je me promène au coeur de cette cité mythique à laquelle je rêve depuis mon adolescence.
Les rues sont paisibles, bercées par un mélange de musique mandingue et touareg.

De nombreux cybercafés ponctuent des ruelles souvent peu éclairées, témoins de l’entrée de Tombouctou dans le XXI° siècle.
Les gens se côtoient sans la moindre animosité toute religion confondue même si l’Islam domine très largement.Cette cité un peu perdue et surtout menacée par l’avancée du désert, véritable cité des sables, est un point de rencontre entre cultures très différentes: Touareg, Bozo, Peuhl, Mandingue, c’est un peu l’empire Songhaï en miniature.
Au cours du XVe siècle, le Songhaï devint un empire, qui s’étendait au Niger, au Mali et sur une partie de la Guinée et du Sénégal  actuels.
L’Empire songhaï a connu un rayonnement important à la fin du XVe siècle et au début du XVIe.
L’empire s’éteignit vers la fin du XVIe siècle.
Les Songhaï sont un peuple métissé, issu de plusieurs métissages – Soninkés, Malinkés, Peuls, Touaregs –, qui se sont effectués aux cours des siècles. Culturellement ils sont très proches des Mandingues et des Touaregs.
L’ombre de René Caillé plane encore sur la ville…..

Les marchés de rue sont nombreux et toujours très colorés. La bimbeloterie chinoise y est omniprésente et confirme une fois de plus l’entrée de Tombouctou dans le XXI°siècle.
La présence de téléphones portables aussi avec ses sonneries toutes plus incongrues les unes que les autres confirme cela. Traditions et modernisme se mélangent allègrement à Tombouctou.
Ce soir, l’Harmatan, vent de sable qui vient du Sahara enveloppe de son halo de poussière cette cité toute construite en « banco ».
Phénomène climatique bien connu, il confère à cette cité des sables une constante géographique qui démontre la supériorité de la nature sur l’action humaine.

Ce halo plonge la ville dans une lumière blafarde toute particulière.
Oui, c’est bien Tombouctou la mystérieuse.

Daniel RIFFET.
Géographe & Photographe.

Tombouctou, le 02 avril 2010.

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