Navigation autour du Spitzberg : Découverte du monde polaire arctique.

Le 5 juillet 2010, 23 heures- Nous venons d’atterrir sur l’aérodrome de Longyearbyen, au coeur de l’archipel du Spitzberg.
Il fait plein jour, c’est l’été arctique.
Le capitaine de l’Albarquel nous attend. Vigoureuse poignée de main puis direction le port.
L’Albarquel  tangue doucement le long d’un ponton de bois.
C’est une jolie goélette, vieux gréement aurique bien conservé et en parfait état.
Joliment peint avec de belles couleurs vives, ce vieux gréement, construit vers les années 1950 au Portugal, servait au transport du sel.

L'Albarquel.

Sa coque, ventrue, toute en bois s’appuie bien sur la mer et rassure par sa bonne stabilité.
L’aménagement intérieur y est spartiate, mais très chaleureux.
C’est un vrai bateau tel que je les aime.
Minuit et toujours la clarté du jour.
Malgré cette clarté encore inhabituelle pour moi, la fatigue est bien là.
La bannette est confortable et le doux roulement du bateau me précipite encore plus vite dans les bras d’un profond sommeil.
Le lendemain matin, soleil radieux sur le port de Longyearbyen.
Une délicieuse odeur de café me sort de la bannette.
Le petit déjeuner se prend au carré. Autour de la grande table, mes compagnons de navigation sont déjà installés. On échange les premières impressions. Nous sommes 8 et les dames dominent très largement par leur nombre. Je suis le seul à avoir déjà navigué. Une certaine anxiété se lit sur les visages, des questions fusent et le capitaine explique au mieux cette navigation-découverte du monde polaire. Il le fait très bien et les bonnes prévisions météo calment cette légère anxiété.

Arctique, Spitzberg : août 2010. Fjord GASHAMNA. Nous sommes à l'abri dans ce magnifique fjord. Jeux de lumières vers 20 heure du soir. Mais ce n'est pas un coucher de soleil. Nuages.

Arctique, Spitzberg: août 2010.

Il est 8 heures du matin, il est temps de partir pour profiter du courant de marée. Les dames restent à bavarder autour de la table. Elles font connaissance….
Je monte sur le pont pour assister à la manoeuvre.
Vieux réflexe de marin….
« Larguez tout ». Nous appareillons.
« Moteur arrière lent »… doucement la lourde coque en bois décolle du ponton.
Nous sortons du fjord où se niche Longyearbyen pour déboucher dans Isfjorden.

On fait cap à l’Ouest. Une bonne houle qui vient de la mer du Groenland ralentit un peu notre allure.
Mer belle, vent bien établi, nous hissons l’artimon afin de gagner quelques noeuds et stabiliser le bateau.
Nous filons tranquillement 12 noeuds.

Arctique, Spitzberg : août 2010. Route en mer du Groenland. Mer forte, force 5 à 6. Nous remontons dans le nord. Gros temps;

Arctique, Spitzberg: août 2010.Gros temps.

Nous pratiquons une vraie navigation côtière, les paysages de l’archipel ne sont jamais loin. Magnifiques paysages : glaciers, sommets enneigés, vallées glacières se succèdent entre d’immenses étendues steppiques. Le Spitzberg est un archipel montagneux. Recouvert de glaciers à 60 % environ de sa surface totale, ces glaciers sont peu épais, de 3 à 400 mètres maximum.
Des courants chauds permettent une navigation toute l’année. C’est le fameux golfe Stream qui permet de voir fleurir les hortensias en hiver sur les côtes bretonnes….

On est loin des plages bondées de monde. L’homme y est un animal rare….

Arctique, Spitzberg, août 2010. Fjord FLEURDELYS HAMNA. Paysages somptueux. Un orage s'annonce souvent par de superbes lumières comparables à un coucher de soleil. Arctique, Spitzberg: 2010. Coucher de soleil arctique.

Ici, nous sommes au pays des ours blancs, ils y sont environ 5000 alors que la population humaine ne dépasse pas 2300 habitants essentiellement concentrés à Longyearbyen, capitale de l’archipel.
L’archipel est situé au-delà du cercle polaire arctique et s’étend entre 74° et 81° latitude nord et de 10° à 34° longitude Est.D’une superficie totale de 62 050 Km2, il se compose de 3 îles principales : le Spitzberg, la plus connue et la plus grande, Nordaustlandet au nord-est et Edgeoya à l’Est.
Nous continuons notre route pour passer le cap Linné et déboucher ainsi en mer du Groenland.
Il est presque 14 heures, la température est très agréable.
Nous embouquons dans un fjord afin de débarquer et nous dégourdir un peu les jambes.
Le choix de ce fjord n’est pas anodin, c’est l’endroit idéal nous dit le capitaine pour observer des oiseaux marins en grand nombre.
15 heures, nous mouillons et débarquons grâce au zodiaque à moteur.
Avant de débarquer, le capitaine a longuement observé la côte afin de vérifier l’absence d’ours blanc.
Cet animal est un terrible prédateur, dangereux pour l’homme.

On débarque, accompagné par un membre de l’équipage armé d’un fusil de chasse : c’est obligatoire, mais à n’utiliser qu’en cas de légitime défense. La loi est très stricte, car l’ours blanc est un animal protégé.
Je foule pour la première fois cette terre polaire avec une certaine émotion : cette contrée me rappelle mon professeur de Géomorphologie, André Guilcher, spécialiste de ces contrées et théâtres de ses recherches sur la géomorphologie polaire.

Arctique, Spitzberg, 14 août 2010. Paysages glaciaires. Fjord LOYNDODDEN. Magnifiques paysages d'origine glaciaire avec un superbe lumière à 5h du matin. Des petits icebergs entourent le voilier Albarquel et prennent de très belles couleurs sous ce soleil très matinal.Arctique,Spitzberg, 2010.Paysage glaciaire.

Nous gravissons une pente assez raide.
Les galets, de multiples couleurs gênent la progression.
Face à nous, une grande falaise abrite de très nombreux oiseaux.
L’archipel du Spitzberg possède une des plus grandes concentrations d’oiseaux de l’Atlantique Nord. Cette abondante avifaune a toujours intéressé les visiteurs du Svalbard, et ce dès la découverte de ses îles à la fin du 16e siècle.
À l’approche de l’été, des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs, dont la plupart sont des oiseaux marins, viennent nicher sur l’archipel.
Le mergule nain, avec plus de 2 millions de couples, est probablement l’espèce la plus répandue dans l’archipel du Svalbard durant la période de nidification. L’oiseau se reproduit sur les corniches et les surplombs des falaises. Mouettes, goélands, macareux moine, cousin du petit pingouin, la sterne arctique et j’en oublie…..Ils sont chez eux et nous les intrus.

Nous continuons notre marche dans une mousse un peu spongieuse. Véritable tapis, d’un vert tendre, clairsemé de fleurs aux couleurs vives. Superbe tapis végétal, typique de la végétation arctique. Non loin de là, un troupeau de rennes broute indifférent à notre présence. Jamais chassés, ces mammifères ne craignent pas l’homme qui ici, n’est pas prédateur.
C’est l’ours blanc qui est le prédateur…..

Arctique, Spitzberg: août 2010. Fjord BJORNHAMNA. Paysages glaciaires et glaciers dans une magnifique lumière que seul le monde polaire est en mesure de nous offrir. Glacier HANSBREEN.Arctique,Spitzberg:2010.Glacier HANSBREEN.

Après 3 heures de marche, éblouis par cette belle nature totalement vierge, nous regagnons le zodiaque pour rejoindre notre belle goélette.
On appareille à nouveau. Route au Sud pour rejoindre le Bellsund, grand fjord où nous avons quelques chances de rencontrer l’ours blanc.
Nous sommes « vent debout » et le bateau chahute un peu.
C’est la mer du Groenland….

20 heures — C’est l’heure de la soupe. Peu de monde autour de la table du carré. Le capitaine descend de la passerelle, relevé par le second du bord.
Nous dînons seuls, humeur joyeuse et décontractée, on se raconte des histoires de mer.
22 heures — Un dernier regard sur le pont et toujours cette lumière de l’été arctique qui jamais ne s’éteint.

Spitzberg, 2010: Glacier polaire.

Je descends vers ma bannette pour un repos réparateur.
4em  jour de mer. Nous naviguons de fjord en fjord toujours à la recherche de l’ours blanc.
La mer se charge de plus en plus de petits icebergs. Ces blocs de glace proviennent des glaciers qui vêlent directement dans la mer. De taille variée, les plus gros sont tout de même impressionnants.
14 heures, le matelot du bord nous avertit de la présence d’un ours blanc. Nous sommes au mouillage, à environ 800 mètres de la côte et on le voit très bien, encore mieux à travers les jumelles. Zodiaque à l’eau, nous y embarquons rapidement pour nous approcher de la côte et mieux le voir. Il est allongé sur les galets et semble dormir. En fait, il nous observe et ne perd pas un de nos gestes. L’ours blanc est un chasseur, très fin stratège pour appréhender ses proies.
La prudence nous interdit de nous approcher plus de la côte. Quant à débarquer, pas même en rêve….Nous sommes à environ 100 mètres de la plage de galets. L’ours commence à bouger. Il se lève sur ses pattes arrière pour mieux nous voir.
Nous stoppons afin de bien l’observer, moteur au ralenti. Il est très amaigri. Le phoque, son plat de prédilection disparait de plus en plus à cette saison à cause des modifications climatiques. Il est affamé et prêt à tout. L’ours blanc est un très bon nageur…..
Il est temps pour nous de virer de bord et de revenir sur la goélette, un peu triste d’abandonner ce magnifique animal à son triste sort. Mais que pouvons-nous faire??
Les jours prochains, nous en verrons d’autres, toujours aussi amaigris.

Arctique, Spitzberg, 14 août 2010. Fjord LOYNDODDEN. Magnifique paysage glaciaire. La mer est encombrée de nombreux blocs de glace rendant la navigation délicate.Arctique,Spitzberg,2010.La mer est encombrée de nombreux blocs de glace rendant la navigation délicate.

C’est ainsi que 15 jours durant, à travers une très belle navigation, de fjord en fjord, nous découvrons le monde polaire dans toute sa diversité et si cher au coeur de Jean Malaurie, grand géographe encore vivant aujourd’hui.
Cet archipel du Spitzberg est un parfait résumé de ce monde polaire en proie à de profondes transformations dues aux conditions climatiques. Elles sont graves, car elles pourraient anéantir à moyen terme la présence du golfe Stream, courant chaud qui offre à l’Europe occidentale des températures hivernales particulièrement clémentes.
Hivers New Yorkais à Paris où à Londres….

Iceberg.

Iceberg.

Saint-Cloud, le 5 février 2012.

Daniel RIFFET.
Géographe & Photographe.

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One Response to “Navigation autour du Spitzberg : Découverte du monde polaire arctique.”

  1. Hinnerk Says:

    Je ne vous l’ai pas encore dit ?
    Votre photographie est excellente. Des images qui touchent !
    Toutes mes félicitations.
    Votre ‘au-dessus’ …